psycho-sexuel de l’enfant
Auteurs : Robert DUBANCHET
Plan
A - Définition de la sexualité infantile
B - Description chronologique du développement affectif et sexuel
1 - Les influences liées à la grossesse et à la naissance
2 - Les périodes prégénitales
la période orale : source corporelle/pulsionnelle - carrefour aéro-digestif - organes de la phonation - organes des sens - le toucher et la peau - but pulsionnel - notions d’objets et d’objets partiels - auto-érotisme primaire - relation anaclitique - relation objectale - relation ambivalente - sevrage
la période anale : marcher, parler, penser, contrôler - plaisir anal - source pulsionnelle corporelle - conservation et expulsion - objet pulsionnel - rétention, expulsion, remplissage, vidage, dedans, dehors - relation d’objet, sadisme, masochisme, ambivalence, bi et homosexualité, activité et passivité
la période phallique ou urétrale : érotisme urétral - plaisir de la miction et de la rétention - masturbation infantile - curiosité sexuelle infantile - différence anatomique des ****s - castration - fantasmes - scène primitive - exhibitionnisme - voyeurisme - identification - projection - sentiment d’abandon - théories sexuelles infantiles
3 - Les stades génitaux
le complexe d’œdipe : histoire d’Oedipe - angoisse de castration - complexe d’Oedipe inversé - destins sexuels du garçon et de la fille
la période de latence : phase de repos - sublimations partielles - formations réactionnelles
la puberté et l’adolescence : intensification des pulsions oedipiennes - crise narcissique et identitaire - masturbation - caractères sexuels secondaires - régressions temporaires
A - Définition de la sexualité infantile
La sexualité infantile est indifférenciée et peu organisée. Elle diffère de celle de l’adulte par trois points au moins: 1 - les régions corporelles de plus grande sensibilité (ou sources pulsionnelles) ne sont pas forcément les régions génitales. 2 - les buts sont différents: la sexualité infantile ne conduits pas à des relations sexuelles proprement dites mais comportent des activités qui, plus tard, joueront un rôle dans le plaisir préliminaire. 3 - enfin cette sexualité infantile a tendance à être auto-érotique plutôt que dirigée sur des objets.
B - Description chronologique du développement affectif et sexuel
L’enchaînement des différents périodes est progressif et chacune des problématiques successives ( orale, anale, phallique ou urétrale ) laisse derrière elle des traces qui s’organisent en strates successives susceptibles, selon les sujets, de cristalliser des points de fixation, vers où convergeront les éventuelles régressions ultérieures. Autrement dit, aucun stade ou période n’est purement et simplement dépassé mais on assiste seulement à une succession de thématiques prévalentes sous-tendues par une zone érogène déterminée, un choix d’objet et un niveau de relation objectale spécifiques
1 - Les influences liées à la grossesse et à la naissance
Les événements familiaux (décès, ruptures, etc...), les événements sociaux (guerre, famine, etc...), l’état psychique (dépressivité, pathologies diverses, etc...) et physique de la mère pendant la période de grossesse, peuvent avoir une influence déterminante sur l’enfant à naître.
Notons également la théorie du traumatisme de la naissance d’Otto RANK, qui y voyait le réservoir de toutes les angoisses ultérieures. Théorie abandonnée par Freud à partir de 1924, considérant que l’angoisse ne peut être éprouvée qu’au niveau du Moi, (compte tenu de l’état très immature de celui-ci au début de la vie). Freud a souligné cependant la particularité de cette situation initiale : afflux brutal d’excitations sensorielles et phénomène de la séparation biologique de la mère et de l’enfant.
2 - Les périodes prégénitales
Ce sont des stades qui précèdent l’organisation oedipienne, c’est-à-dire les stades se situant avant la réunification des différentes pulsions partielles sous le primat de la zone génitale.
On distingue classiquement : l’oral, l’anal, et le phallique
la période orale
La période orale s’étend sur la première année de la vie, mais aussi bien au delà. Classiquement on donne le nom de stade oral, à la phase d’organisation libidinale qui va de la naissance au sevrage. Cette période est donc celle de la primauté de la zone buccale comme source corporelle pulsionnelle. En fait il faut entendre ici bien autre chose que simplement la bouche:
-Tout le carrefour aéro-digestif, ainsi que les organes respiratoires, en jeu dans l’aspiration et l’expiration de l’air, jusqu’aux poumons (ex: les fixations orales des asthmatiques)
-Les organes de la phonation et donc du langage
-Les organes des sens également : la gustation, le nez et l’olfaction, l’œil et la vision (manger ou dévorer quelqu’un des yeux) sont des organes et des fonctions en rapport avec l’oralité, percevoir impliquant d’ailleurs une sorte de préhension et de mise à l’intérieur de soi d’éléments appartenant au monde extérieur environnant.
-Le toucher et la peau elle-même appartient aussi au monde de l’oralité - trop chaud, trop froid - (dermatoses psychosomatiques) - hypersensibilité lors des attouchements de régions cutanées parfois fort éloignées des zones génitales pendant les ébats amoureux...
L’objet original du désir du nourrisson est constitué par le sein maternel ou son substitut, la première expression de la pulsion sexuelle étant l’action de téter. Cet acte de téter satisfait le besoin de nourriture, mais il procure du plaisir en lui même. Cette satisfaction libidinale, étayée sur le besoin physiologique d’être nourri, va se séparer de celui-ci. L’enfant découvre que l’excitation de la bouche et des lèvres procure un plaisir en soi, même sans être accompagnée de nourriture (suçotement des lèvres, succion du pouce). Le but pulsionnel est double : -d’une part cette stimulation est d’ordre auto-érotique. Le sujet n’a pas encore la notion d’un monde extérieur différencié de lui (terme “anobjectal “ou d’”indifférenciation Moi/non-Moi”) - d’autre part, c’est le désir d’incorporer les objets, désir spécifique de l’oralité qui, malgré l’emploi du mot objet, ne confère pas à celui-ci le véritable statut d’objet extérieur. A ces buts d’incorporation correspondent des peurs et des angoisses orales spécifiques, telles que la peur d’être mangé. Le premier objet de chaque individu est sa mère. Le mot mère est à prendre au sens large : la personne qui accomplit la plus grande partie des soins à donner à l’enfant. La notion d’objet fait problème - pas de représentations - représentations parcellaires et non unifiées - angoisses psychotique de morcellement - le nourrisson et au prise avec des morceaux d’objets; des objets partiels.
La relation de notre nourrisson avec ces morceaux d’objets va s’établir dans deux directions: -auto-érotisme primaire et - relation anaclitique (terme tiré d’un verbe grec qui signifie se coucher sur, s’appuyer sur). Une relation objectale dite primitive se constitue lors des moments d’absence de l’objet anaclitique. Autrement dit, la première prise de conscience d’un objet advient chez l’enfant de l’état d’attente nostalgique de quelque chose qui lui est familier, qui peut satisfaire ses besoins... mais qui sur le moment fait défaut
Par la suite l’enfant apprend à différencier ses impressions - objets connus -objets inhabituels, étranges. La relation ambivalente est contemporaine de la seconde partie de cette première année, lors de l’apparition des pulsions sadiques. Tendance à mordre, désir de détruire la mère s’associe à l’aspiration à l’union libidinale avec elle. Premier conflit interne. Comment la pulsion agressive sera reçue par l’objet d’amour - permise - interdite - tolérée sous condition, etc...
On peut dire que la haine est plus vieille que l’amour. C’est spécifiquement la projection à l’extérieur du “mauvais” à quoi se joint la colère qu’induit l’absence de l’objet anaclitique, qui fait que l’objet (extérieur) est affecté de haine. On comprend que Freud ait pu dire : “l’objet naît dans la haine”
Le sevrage est le conflit relationnel spécifique qui s’attache à la résolution de cette période sous le primat de l’oralité. Il est souvent un traumatisme car il peut être vécu comme une conséquence de l’agression, comme une punition “talionique” sur le mode de la frustration. Enfin, traumatisme ou pas, le sevrage laisse dans le psychisme humain la trace permanente de la relation primordiale à laquelle il vient mettre fin.
la période anale
Au cours de la 2° et 3° années, les facultés de marcher, parler, penser, contrôler ses sphincters, etc... se développent et ouvrent à l’enfant, de façon progressive, une indépendance relative, mais déjà réelle. Le plaisir anal existe dès le début de la vie, mais il ne constitue pas l’exutoire libidinal principal et il n’est pas encore conflictualisé. La source pulsionnelle corporelle ou zone érogène partielle est ici la muqueuse ano-rectale.
Ce sont des années consacrée à la maîtrise ou à l’emprise.
A ce stade il s’agit, soit de conserver les objets à l’intérieur de soi, soit de les expulser après destruction. L’objet pulsionnel est complexe car il ne se réduit pas au boudin fécal, la mère et plus généralement l’entourage étant également à cette époque un objet partiel fonctionnel à maîtriser et à manipuler. (Rétention, expulsion, remplissage, vidage, dedans, dehors).
la période phallique ou urétrale
Au-delà de la 3° année
-l’érotisme urétral, (plaisir à uriner, plaisir de rétention). La zone érogène prévalentes ou source pulsionnelle est ici l’urètre avec le double plaisir de la miction et de la rétention
-la masturbation infantile (à l’occasion de la toilette ou des jeux, mais les adultes ne veulent pas la voir)
-C’est à ce stade que se manifeste la curiosité sexuelle infantile.
L’enfant prend conscience de la différence anatomique des ****s, c’est-à-dire de la présence ou de l’absence du pénis. Dès lors le stade phallique va être en quelque sorte une période de déni de cette différence et ceci tant chez le garçon que chez la fille. Le garçon va nier la castration par la négation du **** féminin ou par le maintien de la croyance en une mère pourvue d’un pénis. La fille va manifester son envie du pénis, soit en imaginant une “poussée” du clitoris, soit par le biais d’attitudes dites “d’ambition phallique” (comportements brutaux, recherche des dangers, allure de garçon manqué). C’est à cette époque que se structurent certains fantasmes liés à la scène primitive et que se manifestent un certain exhibitionnisme et un certain voyeurisme.
La scène primitive
Il faut entendre ici la ou les scènes au cours desquelles l’enfant a été - ou imaginé être - le témoin du coït des parents.
Interviennent :
-L’identification à l’un des partenaires, parfois les deux, et assez souvent dans le sens de la passivité
-la projection de la propre agressivité du sujet, cette scène primitive étant la plupart du temps vécue par l’enfant comme sadique, en fonction des bruits, cris ou gémissements perçus
-le sentiment d’abandon qu’induit chez l’enfant le fait d’être exclu du commerce amoureux des parents
L’enfant va également élaborer des théories sexuelles infantiles
A défaut de recevoir - ou de pouvoir intégrer - des réponses satisfaisantes, l’enfant interprète les faits à sa façon en fonction de son vécu libidinal.
Ce sont notamment :
-Les théories infantiles de la fécondation et de la naissance
- fécondation orale par ingestion d’un aliment miraculeux ou par le baiser
- théories faisant appel à la miction et où le rôle de chacun des partenaires est mal précisé : uriner en même temps, uriner dans la femme, etc..
- théories mettant en jeu l’exhibition des organes génitaux
- la naissance anale. La croyance que les enfants sont évacués par l’anus est en rapport avec les fantasmes et les intérêts du stade anal. Puis apparaissent des élaborations plus évoluées : naissance par l’ombilic, ou à la suite d’une extraction forcée et sanglante du corps maternel. L’interprétation anale subit alors un refoulement
-La conception sadique du coït en lien au stade anal.
Les stades génitaux
le complexe d’œdipe
Histoire d’Oedipe, telle qu’elle se présente dans la tragédie sophocléenne.
Le complexe d’œdipe est le point nodal qui structure le groupe familial et la société humaine toute entière (prohibition de l’inceste), c’est le moment fondateur de la vie psychique assurant le primat de la zone génitale, le dépassement de l’auto-érotisme et l’orientation vers des objets extérieurs.
Le complexe d’œdipe permet l’avènement d’un objet global, entier et sexué. Il joue enfin un rôle crucial dans la constitution du Surmoi et de l’idéal du Moi.
La période oedipienne se situe approximativement entre 4 ans et 7 ans
L’angoisse de castration s’origine dans la constatation de la différence des ****s et les éventuels interdits parentaux quant à la masturbation. Face à cette angoisse, le garçon va se défendre, par le surinvestissement du pénis, la négation de la réalité du **** féminin, par des souhaits de réparation magique et par la croyance en une mère pénienne idéalisée.
La fille, elle, qui a découvert son clitoris, mais pas encore son vagin, va développer une “envie du pénis”, concept qui est à la base de toutes les critiques féministes dont la théorie freudienne fait l’objet. C’est cette envie du pénis qui va introduire la fille à la problématique oedipienne par le désir d’un enfant du père, enfant à signification phallique.
Comme dans la légende de Sophocle, le complexe d’œdipe dans sa forme positive correspond à une attirance pour le parent de l’autre **** et à des sentiments de haine ou de rivalité pour le parent de même ****.
Le complexe d’œdipe inversé correspond à une situation contraire et le plus souvent on assiste à une oscillation de l’enfant entre ces deux attitudes.
On ne saurait insister sur le fait que les destins sexuels du garçon et de la fille diffèrent considérablement. Car si l’un comme l’autre s’attachent à l’objet primordial maternel féminin, le garçon pourra retrouver au terme de son développement psychosexuel, par un déplacement unique, un objet de même **** que l’objet primordial tandis que la fille aura à trouver un objet d’un **** différent de celui de la mère.
Son évolution la voue au changement d’objet (premier déplacement-renversement par substitution allant de la mère au père) suivi du choix d’objet définitif (deuxième déplacement du père au substitut du père).
L’amour oedipien n’est pas un amour idyllique. C’est un amour doublement entravé : entravé de l’intérieur, car l’attirance pour un parent implique un certain renoncement à l’autre (tiers regretté) et entravé de l’extérieur par la menace de castration (tiers redouté). Ceci explique pourquoi des mouvements anxio-dépressifs sont fréquents pendant la phase oedipienne ainsi que les émergences phobiques (peur de perdre l’amour du parent du même **** en raison de la rivalité).
la période de latence
C’est une période classiquement aconflictuelle, se situant entre 7 et 12 ans. En réalité les conflits des stades précédents persistent en partie, mais se montrent moins chauds. Elle est considérée comme une phase de repos et de consolidation des positions acquises. Les instincts sexuels turbulents sommeillent, le comportement tend à être dominé par des sublimations partielles et par des formations réactionnelles (dégoût, pudeur). L’enfant se tournent vers des domaines autres que sexuels : école, camarades de jeux, livres et autres objets, encore que l’énergie de ces nouveaux intérêts soit toujours dérivée des intérêts sexuels.
la puberté et l’adolescence
Le développement sexuel parait reprendre exactement au point où il avait été abandonné à l’époque de la résolution du complexe d’œdipe et il se produit même alors régulièrement une intensification des pulsions oedipiennes. Associée à cette reviviscence, c’est aussi une crise narcissique et identitaire avec notamment des doutes angoissants sur l’authenticité de soi, du corps, du ****. Sentiments de bizarrerie et d’étrangeté. La masturbation reste toujours très culpabilisée et angoissante. Des inquiétudes parfois vives se manifestent à propos du nez, des yeux, des cernes oculaires, sans parler du développement des organes génitaux eux-mêmes et de ses conséquences, premières pollutions nocturnes, premières menstruations, ainsi que l’apparition des caractères sexuels secondaires, pilosité, mue de la voix, etc... Tous ces processus psychologiques s’effectuent de manière chaotique par à coups, avec des régressions temporaires et des reprises du développement qui viennent accroître l’ambiance de paradoxe permanent.
En conclusion, je terminerais en soulignant un aspect fondamental de l’apport de la théorie freudienne: c’est la mise à jour de la sexualité infantile face à laquelle des siècles de résistance socioculturelle avait fait obstacle. Freud nous montre en effet l’enfant comme un être aux prises avec ses pulsions partielles, véritable “petit pervers polymorphe” qui va se structurer et s’unifier progressivement au travers de sa névrose infantile. Cette vision permet d’une part d’établir un continuum de concept entre la normalité et le pathologique, et d’autre part de faire advenir une vision de l’enfance qui se situe entre la vision classique du petit démon à dresser et la vision angélique, romantique et rousseauiste de l’enfance.
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